VIRAGE
Serge Savard, Canadien jusqu’au bout
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À titre de défenseur du Canadien de Montréal d’abord, puis de directeur général, Serge Savard a fait vivre de belles heures à ses admirateurs. Dans une biographie passionnante qu’il nous présente ces jours-ci, celui qui portait fièrement le chandail numéro 18 revient sur les hauts faits de son parcours.

 Un élément déclencheur

Il y avait longtemps qu’on demandait à Serge Savard de coucher ses souvenirs sur papier, mais l’ex-hockeyeur et homme d’affaires déclinait à chaque fois. « Je me disais que j’allais peut-être le faire un jour pour ma famille, dit-il, mais jusqu’à récemment, je n’avais pas eu envie d’entreprendre ce projet. Il y a deux ans, mon fils, Marc, m’a dit que si je ne le faisais pas, il allait le faire… Ça été l’élément déclencheur! (rires) Je me suis dit que je préférais relater les choses comme je les avais vécues. J’ai eu beaucoup de plaisir à préparer cet ouvrage, mais j’ignorais que c’était autant de travail… Philippe Cantin a travaillé fort, plus que moi. Pour les fins de l’exercice, j’ai fait un retour dans le temps, fouillé dans mes vieilles boîtes et revécu de bien beaux souvenirs… »

Parmi eux, cette jeunesse vécue en Abitibi. « J’ai aimé revenir sur ma jeunesse, confie M. Savard. L’année dernière, c’était le 100e anniversaire de mon petit village, Landrienne. J’ai passé trois jours là-bas avec Philippe. Nous avons retrouvé les personnes avec qui je jouais au hockey quand j’étais enfant. Ce retour dans le passé a été pas mal extraordinaire… »

Des parents formidables

Parmi ses meilleurs souvenirs, l’appui indéfectible de ses parents, qui lui ont permis de vivre son rêve. « J’étais pensionnaire au collège, se souvient-il. L’éducation, c’était primordial pour mes parents. Comme ils n’y avaient pas eu accès, ils souhaitaient que leurs enfants puissent faire des études. Nous étions cinq à la maison – un enfant est décédé en bas âge – et le seul qui n’a pas de bac, c’est moi. »

À l’âge de 15 ans, lorsqu’il a voulu quitter sa région pour faire le camp d’entraînement du Canadien Junior, son titulaire lui a dit : « Si tu y vas, ne reviens pas… » Il n’était même pas certain de faire l’équipe… C’était tout un débat intérieur! Sa mère ne voulait pas qu’il quitte. C’est son père qui a tranché. Il l’a regardé droit dans les yeux et lui a demandé : « Et toi, qu’est-ce que tu veux? »

« Je voulais y aller. Ça été réglé. J’ai toujours éprouvé une admiration sans borne envers mon père et ma mère. Mon père était avant-gardiste… Comme le Canadien a décidé de me garder, je suis donc retourné en Abitibi pour aller chercher ma valise de pensionnaire qui était restée au pied de mon lit… Je n’ai plus jamais demandé d’argent à mon père. Malheureusement, il est décédé très tôt… Quand je jouais avec le Canadien Junior, il lisait le sommaire des matchs dans le journal le lendemain matin. Par la suite, il a suivi les matchs du Canadien à la radio, puis à la télé. Il était fier de voir des articles sur moi et que les gens lui parlent de son fils. »

Une fiche exceptionnelle

Le reste appartient à l’histoire ! Serge Savard peut se vanter d’avoir joué 17 saisons dans la Ligne nationale de hockey, dont 15 à Montréal, et d’avoir évolué aux côtés des plus grands : Jean Béliveau, Guy Lafleur, Bobby Orr et Phil Esposito, pour ne nommer que ceux-là. Il a remporté 10 coupes Stanley, 8 à titre de joueur et 2 à titre de directeur général du Canadien, sur un total de 24 coupes remportés par le club. C’est presque la moitié !

« J’ai été à la bonne place au bon moment, dit-il humblement. Je ne changerais pas ma carrière avec qui que ce soit ! J’ai joué à une période fascinante. J’ai eu le privilège de participer à la Série du siècle en 1972. Avec ma première coupe Stanley, ça fait partie de mes grandes satisfactions sportives. »

Quand on lui rappelle cette feuille de route exceptionnelle, M. Savard n’abandonne pas sa grande simplicité. « J’ai été choyé par la nature, dit-il. J’avais le physique de l’emploi et j’étais rapide. J’étais aussi animé par une grande passion… »

Un autre grand succès

Avec un mariage qui se poursuit depuis des décennies, 3 enfants et 5 petits-enfants, la vie personnelle de M. Savard a été aussi brillante que sa carrière. « Sur ce plan aussi, j’ai été choyé, admet-il. La vie d’un hockeyeur est assez mouvementée. Ça prend quelqu’un qui puisse prendre les bouchées doubles. À l’époque, on ne revenait pas le soir du match… Pour aller jouer à l’extérieur, nous voyagions en train. Aller-retour, c’était un voyage de trois jours. Ça prenait quelqu’un pour garder le fort. Il fallait avoir un bon partner. Même à titre de directeur général du Canadien, j’ai été à l’extérieur de la maison plus souvent que la normale… »

Ce poste prestigieux a aussi été, on s’en doute, des plus satisfaisants. « Ça été des années extraordinaires! convient-il. Après ma carrière de hockeyeur, je n’avais jamais imaginé me retrouver dans l’administration du Canadien. C’est à l’image de ma carrière : je ne planifiais pas, mais les choses se produisaient. Quand je regarde derrière moi, je me rends compte à quel point j’ai été chanceux… »

La biographie de Serge Savard, Canadien jusqu’au bout, est publiée aux Éditions KO.

Photo : Genevieve Charbonneau