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Retraite : le mot qui tue un couple sur quatre
Retraite : le mot qui tue un couple sur quatre
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La statistique frappe : dans les cinq ans suivant la retraite, un couple sur quatre se séparera. Coach en transition et auteure de plusieurs livres sur le sujet, Marie-Paule Dessaint trace l’état de la situation, puis propose des pistes pour traverser cette vague de changement sans cesser de se tenir la main.

« Dans bien des cas, la retraite n’est pas la cause de la séparation, mais plutôt un catalyseur, un déclencheur. Les partenaires n’ont pas pris le temps de comprendre ce qui se passait ni tenté de trouver des solutions », explique d’emblée Mme Dessaint.

Le portrait

Même si l’on pourrait croire que monsieur demande plus souvent la séparation ou le divorce afin de refaire sa vie avec une femme plus jeune, c’est madame, dans environ 70 % des cas, qui met fin à l’union. La raison principale : un ras-le-bol généralisé d’une relation décevante et exempte d’intimité. Lorsque les hommes prennent la décision, ils évoquent plutôt l’absence de sentiments et des styles de vie différents.

Les données de Statistique Canada confirment cette flambée des divorces et des séparations au pays : le pourcentage de personnes divorcées ou séparées chez les 65+ est passé de 4 % en 1981 à 12 % en 2011. Toujours en 2011, cette proportion atteignait 20 % chez les 55 à 64 ans et 30 % des personnes de ce groupe d’âge avaient formé au moins deux unions dans leur vie.

Les causes

Selon celle qui a signé entre autres Relire sa vie (Flammarion), Quoi faire à la retraite ? (Broquet) et Cap sur la retraite (Flammarion), trois types de raisons expliquent la fin de tant d’unions au long cours, souvent dans la soixantaine :

  1. Le couple lui-même : couple qui ne fonctionnait plus depuis des années, sinon des décennies, inconfort dû à la cohabitation continue, absence d’intimité, partenaires qui se sont perdus de vue à cause du travail, des enfants et des activités personnelles, éclatement de conflits non résolus.
  2. La transition à la retraite : changements vécus différemment, pas au même moment ni à la même intensité par les deux partenaires, projets immédiats qui ne coïncident pas, vide laissé par la disparition des activités professionnelles, absence d’échanges sur les inquiétudes et les projets liés à la retraite, problèmes de territoire, de liberté…
  3. Le temps qui file : urgence de vivre, bilan des rêves non réalisés et des compromis, accent mis sur la satisfaction de ses propres besoins, maladie de l’autre, repli sur soi alors que l’autre s’éclate…

Pas si vite !

Madame Dessaint déplore que bien des unions de longue date soient jetées avec l’eau du bain de la retraite. « Le bonheur à tout prix et le manque de communication précipitent bien des séparations. Pourtant, cette transition est une occasion d’évoluer ensemble, une proposition que la vie nous fait de réaménager notre vie à notre façon avec moins de stress, plus de temps. »

Selon elle, il faut prendre en considération que notre conjoint est notre meilleur médicament, les statistiques étant éloquentes sur les avantages pour la santé physique et mentale de vivre en couple plutôt que seul. Et que dire des bienfaits de toucher et d’être touché, d’embrasser, de partager des fous rires à deux, de vivre une intimité véritable sur une longue période…

Les solutions

C’est pourquoi le coach de transition suggère aux couples de ne pas séparer tout de suite si des problèmes se présentent au moment de la retraite. « Laissez passer tout le stress lié à cette transition avant de prendre cette décision qui affectera toutes les sphères de votre vie : familiale, sociale, financière, etc. » Ne l’oublions pas, la retraite compte pour 45 unités sur l’échelle de stress (Holmes-Rahe) dont le maximum est 100 !

Voici quelques conseils pour réussir ce rééquilibrage de vie, à deux :

  • Planifier sa retraite individuellement et en couple.
  • Si possible ne pas débuter la retraite en même temps (la retraite du conjoint ajoute 26 à l’échelle de stress !)
  • Se donner du temps.
  • Avoir une activité de transition.
  • Avoir des projets. En passant, ils n’ont pas besoin d’être exceptionnels.
  • Envisager une retraite progressive, un changement de carrière, un travail à temps partiel.
  • Cultiver l’intimité tout au long de la vie de couple.
  • Ne pas déménager trop vite ni dans trop petit.
  • Gérer l’espace et le temps libre ensemble.
  • Attribuer à chacun un territoire bien à lui.
  • Établir un équilibre entre les activités communes et personnelles.
  • Miser sur un soutien mutuel et de l’entraide.
  • Communiquer, communiquer, communiquer.

Selon elle, on n’insistera jamais assez sur ce dernier point. D’où cette mise en garde : « Attention aux attentes non verbalisées, aux rêves non confiés, aux crises qui risquent d’éclater parce qu’on a trop longtemps voulu éviter les crises. »

En somme, pour réussir la retraite à deux, il faut s’en parler !