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Nos animaux, nos amours
Nos animaux, nos amours
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Le Québec vient de franchir le cap du million de chiens. À cela s’ajoutent plus de 1,5 million de chats. Plus nombreux que jamais, ils occupent aussi une place plus importante qu’avant dans le cœur des familles. Portrait d’un attachement qui fait beaucoup de bien aux uns et aux autres… pourvu qu’on ne verse pas dans l’excès.

« Depuis une vingtaine d’années, on perçoit un lien beaucoup plus fort entre les propriétaires et leur animal de compagnie. Le chien et le chat ont perdu leur vocation strictement utilitaire de jadis et sont maintenant des membres à part entière de l’unité familiale », fait remarquer Joël Bergeron, président de l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ).

De grands bénéfices

Comment expliquer ce sentiment d’affection de plus en plus intense envers notre boule de poils ? Le pourcentage élevé de gens vivant seuls est un élément de réponse, tout comme le haut niveau de stress qui sévit dans notre société et le besoin de reprendre contact avec les petits bonheurs du quotidien.

« Une bonne relation avec un animal de compagnie a un effet apaisant et rassurant. Flatter un animal ou jouer avec lui procure des moments de pleine conscience qui font diminuer notre anxiété et nous empêchent de nourrir des pensées négatives. Sa présence structure le quotidien, donne un sens d’utilité et diminue les symptômes dépressifs », résume la psychologue Marie-Christine Larocque.

Parfois, Pitou ou Ti-mine fait aussi office de confident, permettant ainsi aux humains d’extérioriser leur peine. « Et en plus, le chien ou le chat ne porte pas de jugement ! », commente Mme Larocque.

Une relation précieuse… et coûteuse

Vraiment attachés à leur toutou ou leur minou, les propriétaires sont prêts à dépenser de plus en plus pour conserver ce lien aussi longtemps que possible. Pas étonnant que le chiffre d’affaires de l’industrie des animaux au Canada grimpe en moyenne de 5 % annuellement, pour atteindre 7,4 milliards de dollars en 2015 !

Idem chez le vétérinaire, où un large éventail de solutions est désormais disponible afin de garder notre petite bête en santé et en vie plus longtemps. « Il y a eu une évolution spectaculaire des sciences vétérinaires depuis 15 ou 20 ans, autant que ce qu’on a pu observer dans les soins aux humains. Aujourd’hui, les vétérinaires peuvent offrir une grande diversité d’actes, allant de l’oncologie à la chirurgie neurologique, en passant par l’acupuncture et la physiothérapie », explique Dr Bergeron.

Très prisés par beaucoup de clients qui souhaitent à tout prix prolonger la qualité de vie en santé de leur animal, ces soins avancés causent cependant des dilemmes déchirants et bien des tourments aux familles. En effet, toutes n’ont pas les moyens de payer pour des soins de santé dont le prix leur semble exorbitant, compte tenu de leur ignorance du coût de telles chirurgies chez l’humain.

Certains diront que c’est exagéré de dépenser autant pour un animal, même si on en a les moyens. À chacun de juger, selon la valeur qu’a à ses yeux sa relation avec son chien ou son chat. Toutefois, on ne s’étonnera pas que dans un contexte de soins hyperspécialisés offerts à prix d’or, l’assurance pour animal de compagnie, bien qu’encore marginale, constitue un marché en croissance au Québec.

Et que dire de la nourriture végétalienne, des vêtements griffés et autres teintures ? « Il faut éviter de succomber à l’anthropomorphisme, cette tendance à transposer notre bien à nous à celui de l’animal, met en garde le président de l’OMVQ. Certaines modes comblent un besoin de l’humain mais peuvent nuire à l’animal. Par exemple, même si les tatouages et les piercings pour animaux sont disponibles, il faut penser aux dangers qu’ils représentent et se demander si l’animal serait d’accord, s’il pouvait parler… »

Adopter ou ne pas adopter ?

La grande majorité des propriétaires de petits animaux ont entre 25 et 45 ans. Après, certains vont en adopter un pour combler une certaine solitude au moment du départ des enfants alors que d’autres, au contraire, refuseront toute entrave à cette liberté fraîchement reconquise.

La psychologue Marie-Christine Larocque note qu’un chien ou un chat peut procurer de grands bénéfices et même devenir une raison de vivre, notamment pour les personnes âgées seules aux prises avec la perte d’un être cher. Toutefois, en vieillissant, il faut considérer l’envers de la médaille au moment d’envisager l’achat d’un compagnon à quatre pattes, pour soi ou pour un parent souffrant de solitude.

« Il faut prendre en compter le risque de chute que représente l’animal pour un propriétaire âgé, l’éventuelle souffrance liée au décès de l’animal ainsi que les tracas, voire l’abandon forcé, lors d’un déménagement en raison d’une perte d’autonomie », fait valoir Mme Larocque.

« De façon générale, il faut prendre conscience qu’il s’agit d’un engagement à long terme, en temps et en argent. Ensuite, il faut tenir compte d’allergies éventuelles, de notre niveau d’activité, de notre style de vie, pour éviter d’agir sur un coup de tête, puis d’abandonner l’animal après quelques mois », ajoute Dr Bergeron.

L’adoption d’un copain à museau n’est donc pas pour tous. Pour les autres, il y a plusieurs possibilités, telles que se gaver de vidéos de chiens et de chats sur les réseaux sociaux, devenir bénévole à la Société protectrice des animaux la plus près ou faire comme moi : j’emprunte le chien du voisin – un adorable berger anglais nommé Booh – pour ma promenade quotidienne en forêt !

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Proportion des ménages avec chien

Québec 24 %

Canada 32 %

États-Unis 44 %

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Du nouveau pour Fido

  • Pitou admis dans trois parcs nationaux : Depuis mai 2016, le chien n’est plus persona non grata dans les parcs Frontenac, de la Jacques-Cartier et d’Oka. En effet, les adeptes de rando peuvent y amener leurs amis à quatre pattes dans certaines zones, en laisse. À l’issue de ce projet-pilote de trois ans, on évaluera l’impact de leur présence sur la sécurité et la quiétude des visiteurs, sur l’achalandage et sur le milieu naturel. Il revient donc aux propriétaires de chiens de bien observer les règles, afin que cette autorisation soit ensuite étendue à tous les parcs de la Sépaq !
  • Pawshake ou l’économie du partage, version animale : La période des vacances approche et, malheureusement, encore beaucoup d’hôtels et de lieux de villégiature n’admettent pas les animaux de compagnie, ce qui force leurs « parents » à les faire garder. Mais où ? depuis peu, on peut trouver sur pawshake.ca des personnes à proximité prêtes à accueillir votre petit trésor à leur domicile, à prix doux. Sur demande, certains acceptent même de texter de ses nouvelles, photos à l’appui, question de tromper l’ennui !