VIRAGE
L’heure est à la pêche sans moteur
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Oubliez l’odeur nauséabonde de l’essence. De plus en plus de pêcheurs s’adonnent à la pêche sans moteur. C’est plus zen, moins bruyant, plus sportif et moins cher. Allez-vous mordre à l’hameçon ?

À partir du camping Dickerman, nous mettons nos canots poids plume à l’eau, en faisant glisser la coque de nos embarcations sur une pente abrupte qui plonge directement dans la rivière. Il serait casse-cou, voire impossible, de faire la même chose avec une chaloupe à moteur.

Une fois sur l’eau, nous pagayons un kilomètre dans les méandres de la rivière du Loup avant d’effectuer un court portage nous menant au lac Allard, au beau milieu de la réserve faunique Mastigouche. Sur place, nous sommes littéralement seuls au monde avec nos pagaies, nos cannes et les truites indigènes dodues qui se jettent sur nos vers comme la misère sur le pauvre monde. Sans nos esquifs, nous n’aurions jamais connu cette pêche miraculeuse.

À nous les zones « inaccessibles » !

La pêche sans moteur, particulièrement en kayak, est actuellement la tendance de l’heure dans le monde de la pêche. André Perreault, un Montréalais de 57 ans, s’est converti à la pêche en kayak il y a cinq ans. « J’adore la liberté que ça me procure. Je n’ai pas besoin d’une rampe de mise à l’eau ou d’une marina. Je peux partir seul et mettre mon embarcation à l’eau littéralement n’importe où. »

Autre grand avantage : l’entreposage. « Mon kayak est compact et je le transporte sur le toit de ma voiture. Une chaloupe, c’est encombrant et ça exige une remorque pour le transport », témoigne-t-il.

Adepte de pêche en kayak depuis une dizaine d’années, Guillaume Delair, 41 ans, adore la possibilité de franchir des rapides et de se promener en zone peu profonde. « J’aime aussi l’absence de bruit. On ne dérange pas la faune. Ça permet une vraie connexion avec l’environnement naturel », dit ce Trifluvien, grand pêcheur de maskinongés.

Autre élément en faveur des kayaks et canots : mettre à l’eau un bateau à moteur coûte de plus en plus cher. De plus, certaines municipalités interdisent carrément l’accès aux plans d’eau aux non-résidents, indique Nautisme Québec.

En kayak

Sur le marché, il existe une grande variété d’embarcations. Le segment le plus populaire est le kayak de pêche, dont le prix varie de 500 $ à 5 000 $. La pagaie propulse les modèles d’entrée de gamme tandis que le pédalier, qui actionne une hélice ou des palmes sous la coque, équipe les modèles haut de gamme. Ils donnent la possibilité de se mouvoir avec les pieds, permettant d’aller plus loin en se fatiguant moins.

« Ça libère aussi les mains afin de manier la canne à pêche », précise Éric Marchand, propriétaire de la boutique Aérosport d’Oka, qui se spécialise dans la vente de petites embarcations nautiques. À bord, la pagaie devient un accessoire de sécurité.

L’un des leaders mondiaux en fabrication de petites embarcations nautiques est la compagnie québécoise Pelican. Ses ventes de kayaks de pêche ont triplé depuis cinq ans. « Dans le passé, les kayaks de pêche étaient en majorité des kayaks récréatifs auxquels on ajoutait simplement des porte-cannes. Les nouveaux modèles sont spécifiquement conçus pour cette activité », explique André Savoie, gestionnaire de produits chez Pelican.

Aujourd’hui, les kayaks de pêche haut de gamme sont tellement stables qu’il est possible de taquiner la faune aquatique en position debout. Leur siège, surélevé par rapport au niveau de l’eau, s’ajuste en fonction de la morphologie et des préférences de chaque pêcheur. Ces embarcations viennent avec des porte-cannes et de nombreux compartiments de rangement. Et si la tendance est toujours aux kayaks de plus en plus gros et confortables, les kayaks gonflables occupent aussi une part du marché, notamment parce qu’ils sont pratiques pour circuler en forêt.

En 2020, les détaillants ont connu des ruptures de stock en raison de l’explosion de popularité de la pêche en kayak, qui a été accentuée par la pandémie. Signe de cette tendance, la vente de permis de pêche au Québec a augmenté de 9 % entre 2019 et 2020, pour atteindre plus de 700 000.

En canot et en planche à pagaie

Traditionnellement, la pêche sans moteur se faisait en canot, mais cette embarcation n’a plus le vent dans les voiles chez les pêcheurs. Afin de changer la donne, le manufacturier de canots Esquif, de Frampton en Beauce, a sorti au printemps 2020 l’Adirondack, un canot compact et léger, facile à manœuvrer. Sa mission première : concurrencer les kayaks.

« Selon nous, en raison de sa stabilité et de sa hauteur, le canot convient nettement mieux à ce sport que le kayak », soutient Jacques Chassé, président fondateur d’Esquif. Ce modèle polyvalent, vendu 1 400 $, se manie aussi bien avec une pagaie simple qu’une pagaie double de kayak. Pour l’avoir testé, c’est un petit bijou.

Et il ne faut pas oublier la planche à pagaie. Depuis quelques années, cette activité surfe sur une grosse vague de popularité. Après avoir séduit la jeunesse, la compagnie québécoise Taiga Board dévoilera au printemps 2021 une planche dédiée à la pêche.

S’amuser sur l’eau

L’activité physique et l’aspect écologique ne font pas partie des priorités des pêcheurs non motorisés. « L’important, c’est de s’amuser sur l’eau. Attraper des poissons devient même secondaire », souligne le kayakiste-pêcheur André Perreault. Il n’y a pas à dire, la pêche sans moteur n’a pas fini de surprendre.

Photo : Pelican International