VIRAGE
« La poésie, ça change une vie »
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Ces mots sont d’Huguette Lefrançois, 79 ans, qui participe depuis 20 ans à l’Atelier libre de poésie offert par l’Université du 3e Âge de l’Université Laval, à Québec. « La poésie est devenue comme un compagnon de vie. Je vais continuer à en lire et à en écrire tant que j’aurai ma tête », ajoute Danielle Noreau, 72 ans, inscrite au même cours depuis 2007.

Un peu partout au Québec, de nombreux aînés suivent de tels ateliers, souvent par le biais des différentes antennes de l’Université du 3e Âge. La formule est simple : pas de stress avec les devoirs ou les notes, et pas de diplôme préalable requis. Tout ce qu’il faut pour s’inscrire, c’est le désir de s’amuser avec les mots, d’en faire des images et de jeter ainsi un regard différent sur sa vie et sur la vie.

De l’intérêt à la passion

Attention toutefois : l’urgence d’écrire croît avec l’usage, comme Marcil Cossette peut en témoigner. Presque sans interruption depuis 2006, ce maniaque assiste à deux ateliers de poésie d’affilée, chaque semaine, à Québec. L’homme de Shawinigan ajoute à cela quatre heures de déplacements : « Ça vaut chaque minute de transport. C’est tellement enrichissant et inspirant de se retrouver avec des gens qui partagent la même passion ! »

Pas de doute possible : c’est bien de passion qu’il s’agit. Le professeur et poète Michel Pleau le confirme : « La majorité ont dans les 60 ou 70 ans, quelques-uns dans les 80 ans. Mais ils ont tous l’air plus jeune. On peut lire sur leur visage qu’il y a quelque chose de vivant artistiquement en eux. C’est le moment le plus important de leur semaine, un moment de découverte de soi ».

(Ré)apprendre la poésie

« La plupart des participants à mes ateliers avaient un intérêt pour la poésie à l’adolescence, l’ont mis de côté faute de temps et y reviennent à la retraite. C’est d’ailleurs un bon moment pour se mettre à l’écriture : on est à l’heure des bilans et on voit la vie telle qu’elle est, au-delà des leurres et des modes passagères », estime M. Pleau, qui anime l’Atelier libre de poésie de l’UTAQ depuis 1997.

À chaque session, les ateliers animés par M. Pleau affichent rapidement complet, notamment grâce à plusieurs aînés qui reviennent parfaire leur art, année après année. C’est la preuve que la poésie est loin d’être démodée !

Un autre objectif de l’Atelier est de réapprendre le plaisir de lire de la poésie, en s’éloignant des souvenirs scolaires faits de rimes, de par cœur et d’analyse, pour mieux ressentir ce que le poème nous fait vivre. « La meilleure analogie est la scène du film La société des poètes disparus dans laquelle le professeur, Robin Williams, déchire l’introduction d’un livre de poésie pour ne garder que les poèmes eux-mêmes », explique M. Pleau,

Ressentir, écrire et partager

Avec M. Pleau, chaque séance débute par un exposé sur un poète ou une époque, suivi d’une séance d’écriture à partir d’un ver déclencheur. Puis, alors que l’encre dans leur carnet est à peine sèche, les participants partagent à voix haute comment ce thème a résonné en eux.

« Ça va dans toutes les directions, c’est fascinant ! Ces échanges sont empreints d’émotion et d’authenticité, si bien qu’on se fait naturellement des amis », décrit Danielle Noreau. « On grandit à chaque cours. On avance ensemble », ajoute Huguette Lefrançois. Voilà qui fait voler en éclats l’idée préconçue voulant que la poésie soit une activité strictement solitaire !

Poésie… intergénérationnelle

Ayant pris confiance en leurs moyens et ayant compris que la poésie tient plus du partage que du jugement, plusieurs élèves aux cheveux gris prennent part à des soirées de poésie à micro ouvert, dans des cafés, au milieu de jeunes. Les uns et les autres découvrent alors que la poésie permet non seulement d’émouvoir, mais aussi de briser les barrières entre les générations. C’est pure magie, celle des mots.

Photo : Marc-Antoine Hallé