VIRAGE
La boule à mythes : non merci !

La boule à mythes : non merci !

Par Jocelyne Robert, autrice et sexologue
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Les femmes et hommes âgés sont systématiquement évalués à travers le prisme des préjugés. Ce mépris a fait son temps. Cessons de nous laisser enfermer dans la boule à mythes. Pour entamer cette nouvelle chronique dans Virage, je vous propose de déboulonner quelques clichés sur les vieux.

Mythe no 1 : Les vieux sont tous pareils

Le premier cliché à l’égard des vieux est cette tendance à les mettre tous dans le même panier, à les voir et à en parler comme on évoquerait une bouillie de légumes passés au mélangeur : même couleur, même fadeur, même texture, l’unicité de chacun dissoute dans le bouillon.

 Hé ! Ho ! La personnalité ne se dilue pas avec le temps et l’expérience. Au contraire, elle s’affermit.

Mythe no 2 : Les vieux sont bougons, râleurs…

 C’est parfois vrai. À force d’être mis à l’écart, infantilisé et jaugé avec condescendance, on finit par faire la gueule à plein temps. L’autre jour, à la caisse de l’épicerie, une dame, je dirais octogénaire, s’attardait : lenteur à compter son argent, à poser des questions, à ranger son portefeuille… La caissière soupirait, les clients s’impatientaient. Pas dupe, la lambine s’en rendait compte et affichait une mine de plus en plus rêche. J’ai eu envie de mordre. Pas la vieille, les autres ! Au lieu de disserter sur la lenteur, inspirons-nous tous des aînés.

Par ailleurs, les personnes âgées sont loin d’avoir perdu le sens de la fête. C’est une faculté qu’elles possèdent plus que jamais. Il suffit de les voir nouer une nouvelle relation, partager un repas avec une amie retrouvée, rire follement avec leurs petits-enfants… Les derniers chapitres de la vie sont les plus propices à la joie du moment présent.

Mythe no 3 : Les vieilles personnes n’ont pas de sexe…

 Voilà un tabou persistant. Il est temps que nos cadets, ces vieux en herbe, intègrent une réalité : la sexualité est une dimension de l’être humain qui commence avec la naissance et lève les voiles avec la mort. Elle peut s’exprimer, ou pas, à toutes les saisons de l’année comme à toutes les saisons de la vie.

Bien sûr, le langage érotique varie selon les étapes du parcours. Les manifestations sexuelles des individus au corps chiffonné dérangent parce que nous vivons dans un monde qui magnifie performance, jeunesse, chair fraîche, et la forme de beauté qu’on y associe. Conformiste, le monde s’est laissé embrigader dans ce carcan socio-sexo-politique non inclusif et non démocratique.

Mythe no 4 : Les vieux retombent en enfance, ce sont tous des enfants à protéger

 En vérité, il y a un dénominateur commun : les enfants découvrent, les vieux redécouvrent.

Plus ils ont de vécu, plus on s’adresse à eux comme à des enfants, sinon comme à des incapables. C’est insultant et blessant. Il ne faut surtout pas croire qu’ils ne s’en rendent pas compte. Recontacter l’enfant en soi, l’aptitude à s’émerveiller, à jouer, à observer les oiseaux, à flatter son chat en lui parlant, à flâner longuement, à savourer un gâteau, un verre de vin, un lever de soleil… ce n’est pas retomber en enfance. C’est retomber en amour avec la vie.

 Mythe no 5 : Les vieux sont tous des réactionnaires qui vivent dans un monde en noir et blanc

Quelle détestable généralisation ! Il n’y a pas plus de vieux réactionnaires que de jeunes passéistes. Je connais autant d’aînés révolutionnaires, créatifs et innovateurs que de jeunes très conservateurs. Il suffit qu’un homme de 75 ans porte un veston rose pour aller danser pour qu’on s’en moque. Qu’une femme du même âge peigne un mur de son logis écarlate pour qu’on la considère un peu fêlée.

 Et quoi encore ? Ils sont laids. Elles n’ont plus la moindre créativité. Ils sont incapables d’apprendre. Elles regardent des bêtises à la télé. Ils sont bornés. Elles sont manipulables. Ils ne comprennent rien à la technologie. Des serpuariens  pas recyclables. Tous et toutes séniles…

Je manque d’espace pour vider ici mon baluchon débordant de mythes, clichés, préjugés et lieux communs attribués aux personnes dès qu’elles frisent la soixantaine. J’y reviendrai.

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Pour en savoir plus : Vieillir avec panache, Éditions de l’Homme, de Jocelyne Robert, 2021. Aussi disponible en livre audio. Pour la suivre : facebook.com/JocelyneRobertpage et twitter.com/jocelynerobert